Qu’est-ce qu’un écrivain fantôme ?

Les écrivains fantômes sont à l’ombre ce que le soleil est au jour. Ils aiment l’obscurité et craignent la lumière. À l’instar des vampires, ils inspirent du mystère, voire même un peu de fascination.
Les écrivains fantômes sont un peu comme l’Amour (oui, je l’écris toujours avec une majuscule celui-là quand j’écris pour moi ! Je m’accorde ici cette liberté qui m’est si chère !). On en entend parler, mais combien en ont vraiment rencontrés ? Qui sont-ils ? Et que font-ils ?

Un écrivain fantôme…est un fantôme ! On ne le voit pas. On ne l’entend pas. Quoique…vous en apercevrez peut-être un dans les coursives d’un château en plein milieu de la nuit s’il vous arrivait de vous y promener ! Mais ceux-là, ne comptez pas les trouver dans votre sommeil, alors un bon conseil, restez éveillés, égarez-vous et tendez l’oreille ! Qui sait, avec un peu de chance et de patience…
Les fantômes sont taquins, ils aiment bien se cacher et n’être vus de personne. À défaut de brouiller les cartes, ils aiment se cacher dans les pages des livres et il leur arrive même de porter d’autres noms : nègres littéraires (je n’ai jamais aimé sa connotation à celui-là), collaborateurs (idem), associés ou encore conseillers littéraires (pourquoi pas !), ou encore deuxième plume (je l’aime bien celui-là !)… La langue française a toujours été riche en vocabulaire !
Pour l’avoir lue, écrite, comparée avec d’autres langues mais aussi enseignée, j’ai toujours trouvé que la langue de Molière était franchement tordue et très contradictoire. Même le chinois est une langue plus facile sur bien des aspects ! Quant au français, il est à la fois tellement précis de par l’abondance de ses substantifs et adjectifs et tellement obscur de par les nombreux sens et contre-sens qu’il inspire qu’on peut vite en arriver à ne pas vouloir s’en approcher.

Les raisons de faire appel à un écrivain fantôme peuvent être multiples. Certains ont les idées mais ne maîtrisent pas la langue ou n’ont pas le temps. D’autres encore n’ont pas d’idées du tout.
Si les écrivains fantômes prêtent leur plume de façon occasionnelle pour les uns ou permanente pour les autres et ceci afin d’accompagner d’autres personnes, connues ou pas, dans la relecture voire l’écriture partielle ou totale d’une biographie, d’une fiction, de mémoires ou de tout autre exercice littéraire du genre et s’il est aisé de penser qu’ils sont des écrivains « frustrés », ils sont avant tout des amoureux (je l’espère pour la plupart !) de la langue qui en sont arrivés là, en tout cas pour nombre d’entre eux, de façon un peu inattendue.

Pour faire simple, beaucoup n’ont pas choisi ce métier. C’est peut-être le métier ou l’opportunité qui les a choisis ou amenés ici en se voyant confier une telle mission. Bien sûr, il y a une condition : on n’est qu’un prête-plume et la gloire revient à la personne dont le nom figure sur la couverture. Cela peut être un avantage pour certains. Effectivement, être sous les feux de la rampe ne plaît pas forcément à tout le monde et rester caché présente aussi des avantages.

Les écrivains fantômes restent par nature et traditionnellement des anonymes. Mais l’histoire, elle, a l’œil et en a été témoin de nombreuses fois. Quelques « auteurs », qu’ils soient journalistes, politiques, sportifs ou autres reconnaissent aujourd’hui faire appel à ces hommes et ces femmes de l’ombre dont on commence à voir également apparaître le nom avec surprise.

Et les compétences alors ?
Si la maîtrise de la langue est évidente, elle n’est, cela dit, pas suffisante.
Une compétence qui me semble importante est un « regard global » sur la vie de l’auteur. Un tel travail ne se résume pas qu’à rajouter au fur et à mesure des passages ou des anecdotes. Il faut les inscrire dans un contexte plus large. Il faut leur donner un sens et une cohérence logiques. Il est nécessaire de créer un fil directeur pour donner vie à la matière. Imaginez un instant les pièces d’un puzzle. Vous pouvez assembler les pièces les unes aux autres n’importe comment si ça vous chante. Si, si…en forçant un peu, on peut y arriver ! Quant au résultat…vous me direz !
Ou bien imaginez encore les os, sur une table, d’un squelette que vous devriez reconstituer. Vous pouvez toujours essayer de mettre le tibia avec l’humérus ou les métatarses avec des phalanges par exemple. Pourquoi pas ! Mais j’ai un doute sur l’équilibre final et la stabilité qui en découlera… Écrire c’est pareil ! Et ça n’est pas que de la littérature, c’est aussi de la gestion de projet. Il faut recueillir, écouter, regarder, trier, structurer etc. Et une mission de ce genre peut aussi demander de la recherche en documentation, voire de l’investigation. Écrire, c’est être maître d’œuvre. Et qu’est-ce que la vie si ce n’est une œuvre ?

Mais par-dessus tout, raconter quelqu’un demande de fait…de devenir ce quelqu’un ! L’empathie est donc la compétence première réelle d’un bon écrivain fantôme.
Il faut sentir la sensibilité de la personne. Penser comme elle. Ressentir comme elle. Percevoir le monde comme elle. Parler comme elle. En d’autres termes, il faut utiliser cette empathie pour « s’approprier » la vie de son auteur, son univers ; et l’expérience de sa propre vie devient alors une autre compétence. Plus on a vu de choses, plus on a vécu d’expériences et plus on est à même non pas d’imaginer la vie de la personne mais de vivre sa vie comme si cette dernière était devenue la nôtre. Notre imaginaire se nourrit de l’univers de son auteur qui devient alors notre propre réalité, et ce sont ses mots à lui et non pas les nôtres qui sont délivrés pour se révéler les témoins d’une vie. Chaque témoignage, chaque biographie, chaque récit doit être personnalisé et écrit différemment. Chaque œuvre est unique !

Pour résumer en une phrase : un écrivain fantôme devient la plume de son auteur en s’effaçant pour lui laisser la place le temps d’un livre.

 

« Écrire est un acte d’amour. S’il ne l’est pas il n’est qu’écriture. » Jean Cocteau

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